Les Fouilles archéologiques

Corbo et Coüsnon au Saint Sépulcre

"Le Saint-Sépulcre de Jérusalem : aspects archéologiques de ses origines à l'époque des Croisés"

Les passionnantes recherches archéologiques menées entre 1960 et 1973 dans la basilique du Saint Sépulcre, grâce aux accords donnés par les trois communautés catholique, grec et arménienne pour la restauration de la basilique, ont été suivies étape par étape par l'archéologue franciscain le Père Virgilio Corbo.

Dès le début des travaux, l'archéologue a publié, à un rythme régulier, les rapports préliminaires contenus dans la revue scientifique" Liber Annus "et dans divers articles de vulgarisation apparus dans de nombreuses revues et journaux.

Le travail qui fut donné au monde de la recherche pendant ses 20 années d'activités au Sépulcre et qu'il s’est efforcé de lier aux faits évangéliques des lieux vénérés, a été consacré par le Père Corbo dans trois volumes. L'un sur des écrits, l'autre sur des tables de dessins et de reconstitutions et le troisième sur des photos, et publiés en 1982 avec ce titre: «Le Saint-Sépulcre de Jérusalem. Aspects archéologiques de ses origines à l'époque des Croisés ". Le texte, écrit en italien, a été accompagné d'un sommaire et de sous titres en anglais, réalisés par son collègue et cher ami, le Père Stanislao Loffreda.

Pour la première fois fut ainsi reconstituée la longue histoire du sanctuaire grâce aux informations matérielles et aux documents archéologiques recueillis directement par le Père Corbo lors de ses fouilles effectuées soit en tant qu'observateur qualifié de chaque tranchée creusée dans les parties communes, ou lorsqu’il était le chanceux observateur de zones strictement réservées à la communauté non-latine.

Et l'un des grands mérites de la publication est sans doute d'avoir rassemblé ensemble une grande quantité de données et de documents qui, autrement, seraient restés fragmentés et d'avoir choisi de présenter ces données sous une forme «dépouillée», sans pour autant priver le lecteur de synthèses historiques.

Les résultats des recherches ont été organisés en quatre chapitres:

  • 1.Le site du Golgotha-Calvaire avant Constantin le Grand
  • 2. Les édifices constantiniens
  • 3. La grande restauration de Constantin Monomaque – XIe siècle -
  • 4. La transformation croisée

Les plans de reconstruction de chaque phase avec le positionnement des structures apparus à la lumière, sont à la base de toutes les études qui ces trente dernières années ont analysé le Saint Sépulcre. Ces reconstructions tiennent compte de toutes les nouvelles non seulement archéologiques, mais aussi architectoniques, connues grâce à la remise à jour de murs de pierres de taille , préalablement recouverts de plâtre.

Concernant les parties communes de l'intérieur de la basilique, le Père Corbo eu à sa disposition des données récoltées suite à des travaux de canaux ou de tranchées étroites qui servaient pour l'installation de sous-structures. Il obtient ainsi la permission d'étendre la zone d'excavation. Pour les zones importantes de la partie latine, il eu à sa disposition la totalité du dépôt archéologique qui était conservé dans la zone du patriarcat, de la sacristie latine au chœur des Latins ou chapelle de l'Apparition et en haut de Marie de Magdala, à coté au nord de l’Anastasis, et la chapelle de l'invention de la Croix.

En analysant les structures et les résultats en cours, le Père Corbo a pu discuter avec le Père Charles Coüsnon, l'architecte de la communauté latine en charge du suivi de la restauration de la basilique. Le Père Coüsnon, qui est mort en 1976, publia deux ans auparavant le rapport préliminaire de ses travaux, intitulé «The Church of the Holy Sepulchre in Herusalem » « L'Eglise du Saint Sépulcre à Jérusalem ». La confrontation entre les deux savants, riche et stimulante, a parfois apporté des lectures divergentes sur des événements et des reconstructions de l'édifice. Une des hypothèses de Coüsnon, largement acceptée par les savants successifs, traitait du sujet des colonnes qui composent la rotonde de l'Anastasis: les deux colonnes originales qui ont été préservées de l'époque de Constantin seraient deux moitiés d'une colonne plus haute appartenant au portique du temple romain d'Hadrien.

Concernant Corbo, les études successives n'ont pas été toutes d'accord sur l'attribution à Jupiter Capitolin de ce Temple voulu par l'empereur Hadrien sur le site du Jardin de Golgotha. Corbo, qui préfère le témoignage de saint Jérôme, a rapporté avoir trouvé des traces de la triple cellule du temple dédiée à la triade capitoline. Les études les plus récentes, cependant, poussent à croire, en accord avec Eusèbe de Césarée, que le temple construit sur le tombeau et sur le Golgotha était celui de Vénus-Aphrodite. Un temple sans doute de forme ronde dont se seraient inspirés les architectes de Constantin pour le plan central de l'Anastasis.

Enfin, un des aspects jusqu'ici moins souligné est, dans la publication de Corbo, la présence de dessins réalisés par des ingénieurs qualifiés, des architectes et des dessinateurs impliqués dans le relèvement des structures architectoniques érigés par Corbo et Cousnon eux-mêmes. Terry Ball, dessinateur talentueux anglo-saxon, est, parmi eux, l’un des premiers à comprendre l'importance de restituer l'histoire à travers des schémas de reconstitutions: les siens représentent des détails et d'élégants dessins de la façade du Sépulcre.